Le PHBM s’installe en 1996 dans le Haut Bassin du Mandrare. La zone, autrefois connue comme le « grenier à riz » des régions Anosy et Androy, ne pouvait plus prétendre jouer son rôle d’exportateur de riz pour alimenter les marchés extérieurs. Les périmètres aménagés pendant l’époque coloniale étaient très dégradés, malgré quelques opérations ponctuelles de réhabilitation dans les années 1980-1990. La capacité productive de la zone n’a pas cessé de diminuer à cause de l’enclavement très important et des années de sécheresse qui ont conduit à la grave crise alimentaire de 1991-1992. Les quelques grands périmètres sous contrôle de l’Administration n’étaient plus correctement gérés. Les petits périmètres traditionnels aux niveaux villageois ou familial étaient peu efficaces en raison des barrages sommaires formés de rochers, d’argile et de branchages. Il n’existait aucune organisation formelle d’usagers de l’eau capable de veiller au bon fonctionnement des réseaux hydroagricoles et capable d’assurer une utilisation optimale des ressources en eau. Les superficies cultivées étaient minimes par rapport au potentiel irrigable de la zone. En 1996, on compte seulement 1061 hectares de superficies irrigables. Les cinq sous-bassins qui alimentent le Mandrare, l’un des principaux fleuves du Grand Sud malgache, et les sols fertiles des vallées sont très propices à la riziculture irriguée. De plus, la pluviométrie, oscillant entre 800 et 1100 mm les années normales, est d’un niveau exceptionnel dans le Grand Sud de Madagascar, région la plus aride de la Grande Ile.
L’un des objectifs du PHBM en première phase était de restaurer la capacité productive de la zone afin de contribuer à l’objectif national d’autosuffisance en riz. Une grande part des investissements réalisés par le PHBM pendant la première phase a donc concerné la réhabilitation des réseaux hydroagricoles dans les quatre communes de sa zone d’intervention (Tsivory, ELonty, Mahaly et Marotsiraka). 32 périmètres couvrant 2529 hectares ont été réhabilités. L’augmentation des superficies obtenue grâce aux aménagements a atteint 1501 hectares. En 2001, le PHBM voit sa zone d’intervention étendue à six nouvelles communes. Le potentiel irrigable de ces communes n’est pas aussi important que dans les quatre premières mais des micro-périmètres sont aménageables. Les objectifs de cette seconde phase étaient de contribuer à la réduction de la pauvreté de la zone et d’atteindre la sécurité alimentaire pour les populations locales.
|
|
39 nouveaux périmètres ont pu être aménagées répondant aux demandes des communautés, la majorité concernant de petites superficies. Dans cette deuxième phase, 2612 hectares ont été aménagés. Au total, les superficies irrigables ont presque été multipliées par 5 (elles sont passées de 1061 hectares en 1996 à 5220 hectares en 2007).
La protection biologique des aménagements hydroagricoles a été entreprise par la cellule Environnement du PHBM. Les berges ont été renforcées avec du vétiver. L’érosion des sols et l’ensablement des réseaux sont contrôlés par des plantations de sisal et d’eucalyptus. Ces mesures de protection n’ont toutefois pas été généralisées à l’ensemble des réseaux en raison du manque de mobilisation des usagers.
Les activités du PHBM ne se sont pas résumées au financement des travaux d’aménagement et de réhabilitation. Il a en effet fallu organiser les communautés autour de ces infrastructures productives. 74 associations d’usagers de l’eau ont été constituées pour assurer le bon fonctionnement des réseaux aménagés. Par ailleurs, de nombreux petits groupements informels ont aussi été appuyés par le PHBM. Les AUE constituées ont été encadrées par le PHBM afin d’atteindre le niveau d’autonomie souhaité pour assurer la pérennité des réseaux hydroagricoles du Haut Bassin du Mandrare. Les AUE sont aujourd’hui fonctionnelles (elles sont dotées de statuts, de bureaux représentatifs, d’un règlement intérieur…), les membres sont capables d’effectuer tous les travaux d’entretien (réfection des berges, curage des canaux…) avant chaque campagne agricole, les cotisations des membres servent à financer des travaux plus importants (dégâts sur les infrastructures, agrandissement du périmètre). Des spécialistes de la gestion des réseaux hydroagricoles ont été formés par le PHBM pour assurer la gestion de l’eau d’irrigation : 63 garde vannes, 68 policiers des réseaux, 36 animateurs agricoles, et des délégués villageois. Ils sont chargés du bon fonctionnement des réseaux, de l’animation des membres pour la réalisation des travaux d’entretien, du contrôle, du respect du règlement par tous les membres… D’ici la fin du Projet, toutes les AUE seront parfaitement autonomes pour obtenir leur transfert de gérance. Elles seront alors responsables de la gestion des réseaux hydroagricoles devant l’Administration.
.
|
|
Parallèlement aux travaux de réhabilitation des périmètres et à la structuration des communautés locales, le PHBM a consacré des efforts importants à la mise en valeur des périmètres. Il s’agit notamment de l’introduction de meilleures pratiques agricoles applicables à la riziculture irriguée. 401 mini-projets rizicoles ont été appuyés par les équipes du PHBM pour augmenter la productivité en vulgarisant le système de riziculture amélioré (SRA). La diffusion du SRA a atteint entre 35 et 70 % des parcelles irriguées selon les périmètres. Les rendements ont gagné plus d’1 tonne par hectare depuis 2002.
Certains paysans primés aux concours agricoles régionaux ont pu participer aux concours nationaux. La production de riz atteint 22 000 tonnes en année normale. Malgré la sécheresse de 2006 (346 mm de pluie : moins d’un tiers de la pluviométrie normale), la production a atteint 13 000 tonnes quand en 2002 elle n’atteignait que 10 900 tonnes. La zone est aujourd’hui autosuffisante en riz et a retrouvé sa capacité exportatrice.
Afin de valoriser au mieux toute l’eau disponible, le PHBM a privilégié les cultures maraîchères qui bénéficient de marchés porteurs. 401 mini-projets de cultures maraîchères ont été appuyés par le PHBM. Les bénéficiaires, surtout des femmes et des jeunes, installent leurs plates-bandes à proximité des canaux d’irrigation où l’aménagement de parcelles rizicoles est impossible. L’eau d’irrigation est directement puisée dans les canaux à l’aide d’arrosoirs et de motopompes. Les rizières sont maintenant mises en valeur avec les cultures maraîchères en contre-saison, quand l’eau n’est plus suffisante pour la culture du riz. Le nombre de producteurs a doublé en deux ans, la production d’oignon a triplé et atteint 320 tonnes, la production d’ail a doublé et atteint 160 tonnes en seulement deux ans. Ces cultures très rémunératrices sont même parfois préférées à au riz de première saison, dont la culture devient très aléatoire avec l’insuffisance des pluies.
La sécurité alimentaire des populations du Haut Bassin du Mandrare est aujourd’hui atteinte. La capacité productive de la zone est restaurée et le Haut Bassin du Mandrare retrouve peu à peu son rôle de « grenier alimentaire » de l’extrême Sud de Madagascar. L’eau d’irrigation, valorisée par l’introduction des cultures maraîchères, devra à l’avenir connaître une optimisation de son utilisation. La zone connaît de plus en plus fréquemment des années sèches. Une meilleure maîtrise de l’eau disponible, en perfectionnant davantage les pratiques agricoles, permettra de continuer à exploiter les 5220 hectares aménagés grâce à l’intervention du PHBM.
|